Der Bunker – Blockhaus du collège Berthelot

 Der Bunker – Blockhaus du collège Berthelot

Rue Chanzy, un blockhaus, haut-lieu de l’histoire du Débarquement, dormait. Quelques passionnés l’ont réveillé.

Dans le cercle fermé des passionnés et auteurs sarthois, on ne présente plus Alain Moro. Rédacteur et surtout “régénérateur“ de la revue culturelle La Vie Mancelle & Sarthoise de 1996 à 2008, ce Fertois d’origine a écrit des ouvrages référence sur le patrimoine sarthois, notamment Les Grandes Affaires Criminelles de la Sarthe et Histoires des Maires du Mans. Dernièrement, l’historien manceau s’est épris d’une autre passion, pour un lieu trop longtemps “caché“ en plein coeur du Mans : le Blockhaus du collège Berthelot, point stratégique du commandement de la 7e armée allemande, chargé de gérer la défense des côtes françaises, de Nantes jusqu’à la Haute-Normandie .

Le Mans. Juillet 42. Les salariés de la Mutuelle Générale de France, ancêtre des MMA, alors basée dans l’actuel hôtel Mercure, rue Chanzy, voit débarquer un capitaine de l’armée allemande. Le directeur de l’époque, Jean-Marie Lelièvre, est demandé ! Après une courte visite, l’officier réquisitionne le bâtiment pour en faire le haut lieu de l’état-major de l’AOK 7 (ArmeeoberKommando 7) qui quitte Bordeaux pour se rapprocher des côtes bretonnes et normandes. Ainsi, la MGF a une semaine pour débarrasser le plancher : « Il a fallu évacuer les archives et ses dizaines de tonnes de documents, souligne Alain Moro. Pour y arriver, l’armée allemande a prêté 100 hommes munis de brouettes ! » Une fois, les lieux vidés, les Allemands construisent, de l’autre côté de la rue Chanzy, un blockhaus de type R608 pour que le Général Friedrich Dollmann, n°4 (derrière Adolph Hitler) dans la hiérarchie du haut-commandement allemand, puisse s’y installer si besoin : « De 1941 à 1942, les envahisseurs ont construit 15 000 blockhaus partout en Europe dont 235 de ce type. Celui-ci, plus résistant et plus confortable que la plupart, était à l’usage des officiers. »

Lors du débarquement de juin 44, ce bunker devient un point stratégique méconnu de la grande histoire : « c’est là que toutes les décisions importantes, côté allemand, sont prises. A l’intérieur, il y avait une carte avec pions et drapeaux. Du front, les poches de résistance allemande envoyaient les infos ici. On les analysait et une demi-heure plus tard, l’état-major de l’AOK 7 renvoyait ses ordres, organisant la contre-offensive et gérant le début de la bataille de Normandie. »

Le 7 août 44, veille de la libération du Mans, les occupants, alors commandés par le général SS Paul Hausser (Dollmann s’étant suicidé), déquerpissent et abandonnent précipitamment le blockhaus. « Ce sont les Américains qui l’ont fermé, le laissant tel quel, sans être pillé. Oublié de l’histoire… »

Il y a trois ans, Alain Moro et quelques passionnés créent une association et, avec le soutien du Département de la Sarthe, travaillent à sa réhabilitation : « Le bunker est resté intact. On l’a nettoyé. On a récupéré certains objets d’origine comme les lavabos qui “dormaient“ dans les caves du lycée. On a été très minutieux dans sa réfection.» A tel point qu’aujourd’hui, les meilleurs spécialistes mondiaux s’accordent à dire que ce blockhaus de type R608 est le mieux conservé d’Europe : « des historiens danois sont récemment venus. Ils étaient stupéfaits. Presque tout est en état. Même les boîtiers de raccordement, la salle de filtrage et ses ventilateurs, les clapets de surpression… »

Aujourd’hui, place aux Sarthois ! Depuis le 15 avril, ils peuvent découvrir son sas d’entrée, sa salle de commandement entourée d’une dizaine de pièces, les 1er et 3e samedis du mois jusqu’au 15 octobre*. Avec Alain Moro, on y entendrait presque la voix de Dollmann donnant ses ordres à l’officier des transmissions…

Philippe Laville

Philippe Laville

https://www.happy-sitiz.fr

Le Mans, ma ville, la Sarthe, mon département, je les adore et vous invite à partager mes coups de cœur. Passionné par les gens qui osent et qui cassent les codes, j’anime une rédaction qui n’a de cesse de vous étonner. Je vous les présente.

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